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Projets de recherches

Condition spatiale des religiosités & cohésion sociale à Genève Mischa Piraud, Responsable de recherche

Le présent projet porte sur la condition spatiale des religiosités contemporaines et la cohésion sociale à Genève. Après avoir été négligé tant par les collectivités publiques que par le monde de la recherche scientifique, le lien entre urbanité et religiosité fait l’objet d’un regain d’intérêt. Or, la cohésion sociale, à l’échelle du quartier comme de la ville, est en partie déterminée par les croyances et les pratiques religieuses. En effet, celles-ci à la fois produisent de l’espace (lieux de cultes, appropriations, etc.) et dépendent de celui-ci (accès aux lieux, disponibilité, etc.). Les différents aspects de la visibilité/invisibilité, de la régulation, de la multiculturalité constitutive de l’urbain et des ancrages locaux constituent comme un point aveugle de l’urbain et d’une société démocratique. À l’heure où une nouvelle loi sur la laïcité entre en vigueur dans une ville comme Genève, on ne peut faire l’économie d’une véritable enquête sur le rôle que joue le religieux et la religion dans une telle ville internationale et multiculturelle. L’enquête proposée ici rassemble différent-es acteur/ices en vue de proposer un diagnostic et une intervention dans plusieurs quartiers de Genève (dans les communes de Genève et Vernier) permettant autant de produire de la connaissance que de contribuer à la construction d’un véritable espace public. En effet, les méthodes de recherches participatives permettent de sensibiliser les participant-es tout en contribuant à une analyse collective et ancrée. Ce projet de recherche participative est dessiné pour être reproductible dans d’autres lieux, urbains ou ruraux. Les méthodes mises en place, innovantes, à la croisée des sciences sociales et de l’intervention socioculturelle ont pour vocation de s’appliquer à d’autres thèmes.

Dynamiques rituelles, matérialités et corporéités dans les religiosités et spiritualités contemporaines Prof. Dr. Oliver Krüger, Dr. Manéli Farahmand, Maxime Papaux M.A

Projet de recherche FNS, Université de Fribourg en collaboration avec le CIC :

Depuis les années 1960, les sociologues ont observé des changements fondamentaux dans les formes sociales de la religion, qui caractérisent particulièrement le paysage religieux européen. En Europe occidentale et en Amérique du Nord, un nombre croissant d’individus se déclarent « spirituels », ou s’identifient comme « plus spirituels que religieux », en substitution ou par opposition à la notion traditionnelle de religion. On observe un développement parallèle et dynamique de ces nouvelles spiritualités par rapport à la religion, même si aucun de ces pôles n’est perçu comme étant simplement statique.

Au lieu de considérer ces tendances comme opposées, nous identifions plutôt les traits communs qui reflètent les tendances générales des sociétés européennes. Nous soutenons qu’une perspective sur le corps est à la fois cruciale et profondément prometteuse pour comprendre le paysage religieux actuel. Plutôt qu’une macro perspective sur les institutions sociales, nous nous concentrerons sur la micro échelle des (inter-)actions corporelles dans les mouvements spirituels ainsi que dans les congrégations chrétiennes traditionnelles.

Le projet postdoctoral de Manéli Farahmand a pour but d’analyser les interactions entre nouvelles spiritualités et les pratiques basées sur le mouvement corporel en Suisse, telles que la pratique du mouvement Open Floor, la danse Contact improvisation, la danse biodynamique, l’ecstatic dance, la biodanza ou la danse des Cinq Rythmes. Sa recherche porte sur ces pratiques appelant à un « retour du corps » comme une réponse, entre autres, à la digitalisation croissante des lieux de sociabilité. Son hypothèse est la suivante : au sein du plus vaste milieu holistiques suisse, on observe une significative tendance issue de la contre-culture qui propose une redécouverte du corps et des expériences sensorielles, comme porteuse de nouvelles significations sociales, notamment en matière de genre.

Dans sa recherche doctorale, Maxime Papaux analyse les relations entre son/musique, corps et spiritualité dans la pensée New Age. Sa recherche s’intéresse à la résurgence des musiques new age et ambiantes depuis le milieu des années 2010 (streaming, rééditions et nouvelles productions au sein de la scène alternative) – avec une effervescence particulière lors de la pandémie de covid en 2020. Une attention particulière est portée aux théories, croyances et pratiques relatives à l’influence du son sur le corps et l’esprit, notamment à travers les notions de vibrations et de fréquences. Afin de mieux comprendre les discours et pratiques contemporains, mon enquête remontera aux théories musicales ésotériques du XIXe-XXe siècle. Il s’agira ensuite d’étudier aussi bien la new age music comme genre musical apparu aux alentours des années 1960, que les thérapies holistiques basées sur le son.

Dans son étude Religion PowerPoint, Oliver Krüger analyse la transition médiatique dans les services religieux chrétiens marquée notamment par: le passage des recueils de chants physiquement imprimés à la projection de leur contenu sur écran. Au cours des dix dernières années, le PowerPoint est devenu le moyen de communication privilégié des cultes de diverses communautés en Suisse. Le PowerPoint est utilisé non seulement pour guider le chant (style karaoké), mais aussi pour accueillir les visiteurs, donner des instructions et fournir des informations visuelles pendant la prière.

Cette transition médiatique libère les mains des fidèles et leur confère une plus grande possibilité d’expression physique : ils peuvent lever les bras, applaudir, toucher leurs pairs, danser – tout en gardant conjointement leur attention sur le chœur /la scène. Alors que la Réforme du XVIe siècle cherchait à discipliner les croyants en les faisant s’asseoir sur des bancs, cette technologie du Beamer est aujourd’hui utilisée pour attiser la ferveur pendant le culte et encourager l’interaction corporelle. Nous pouvons même supposer que des changements dans les relations entre les genres peuvent être observés dans une « communauté en mouvement ».

Tous les projets sont basés sur des méthodes ethnographiques (entretiens, observations directes, ethno-photographies, etc.) et prennent en compte les impulsions de la nouvelle anthropologie phénoménologique, ainsi que les théories sur les matérialités et esthétiques religieuses.

Site web: https://ritual-embodiment.ch/fr/home-f/